Mais qui est Ludovic de Saint Sernin et pourquoi Marta Ortega mourait d'envie de collaborer avec lui ?

Il est né à Bruxelles, mais a grandi en Côte d'Ivoire jusqu'à l'âge de sept ans avant de s'installer à Paris où il vit depuis. Diplômé de la prestigieuse Ecole Duperré, il effectue ses premiers stages chez Dior et Saint Laurent avant de rejoindre l'équipe Balmain. Il y travaille sous les ordres d'Olivier Rousteing auprès duquel il apprend le métier et avec qui il partage des références. En fait, ce qui a le plus marqué Ludovic de Sait Sernin au cours de ces deux années, c'est le nombre de boutonnières qu'il a dû coudre.

Au-delà de l'anecdote qu'elle a racontée dans AnOther Magazine, sans aucun doute, ce premier contact avec la mode professionnelle a marqué sa dérive esthétique car, depuis 2017, lorsqu'elle a fondé sa propre marque, les œillets à lacets, qui rappellent à la fois les fermetures de chaussures et les corsets, sont devenus sa marque la plus représentative.

Peut-être que l'absence de ce détail caractéristique est la seule critique que sa récente collaboration avec Zara, disponible en magasin et sur le site depuis le 17 novembre, a reçu. Mais pourquoi Marta Ortega a-t-elle choisi l'un des créateurs préférés de Georgina, Kylie Jenner, Hunter Schafer ou Amelia Gray ?

La formule Zara : des collaborations exclusives avec des références mode (niche)

Présage de ce qui allait arriver, le premier geste de Marta Ortega à la tête de Zara en 2022 a été une collection capsule avec Narciso Rodríguez composée de 25 pièces iconiques photographiées sur le mannequin emblématique Natalia Vodianova. Depuis, les alliances se multiplient avec des mannequins connus (Charlotte Gainsbourg, Kaia Gerber, Kate et Lila Moss, Alexa Chung…) et avec des marques de niche (An Wander, Fanglu Lin, Steven Meisel, Stefano Pilati, StyleNotCom…) plus connues des connaisseurs que du grand public. L'objectif n'est plus les ventes massives (ce qui est déjà garanti chez Zara) mais plutôt le prestige.

Ainsi, s’il y a encore quelques années H&M aspirait aux blockbusters avec des collaborations avec Karl Lagerfeld, Versace ou Balmain ; Depuis quelques temps, elle affine sa sélection selon la formule Ortega et parie sur des noms moins évidents comme Simone Rocha, Glenn Martens ou Magda Butrym qui ne figureront jamais parmi les créateurs les plus connus au monde, mais apparaîtront toujours comme les plus pertinents dans les analyses de tendances des podiums.

Ainsi, même si vous n'avez jamais entendu son nom auparavant, Ludovic de Saint Sernin s'inscrit parfaitement dans cette stratégie qui a atteint son expression maximale il y a quelques mois avec la collection du 50e anniversaire de Zara. Seules les personnes qui travaillent dans l'industrie peuvent comprendre les implications de la coordination de 50 personnalités de ce calibre dans une même action et d'autant de mannequins de renommée internationale sous la même image, rien que par Steven Meisel.

Qui est Ludovic de Saint-Sernin ? Le créateur qui a ému Jean Paul Gaultier

Depuis que le créateur Jean Paul Gaultier a pris sa retraite en 2020, chaque semaine de Paris Haute Couture, un créateur invité reprend la collection Haute Couture. Parmi eux, Simone Rocha, Nicolas Di Felice, Glenn Martens et Olivier Rousteing, ont précédé Ludovic de Saint Sernin qui était en charge de la proposition printemps-été 2025. Dans le cadre de sa collection inspirée d'un naufrage, des coiffures ont défilé sur les podiums mouillédes jupes en résille qui simulaient des filets de pêche, des robes de cinéma, un « drap » noué comme celui d'Ariel lorsqu'elle fait surface dans La Petite Sirène et même une coiffe en forme d'épave en hommage à un chapeau La Belle Poule.

Le créateur belge a remporté les applaudissements de Gaultier qui a assisté à une réinterprétation magistrale de ses codes (inspiration marinière, corsets sculpturaux qui changeaient de cônes en gouvernails, provocation…) dans le langage que maîtrise le mieux Saint Sernin, celui d'une sexualité dénuée d'étiquettes, notamment celles liées au genre.

Il a également reçu un câlin de sa muse et amie Kylie Jenner qui a assisté à cet exploit depuis le premier rang avec un magnifique sac fishbowl sur ses genoux.

Le modèle le plus emblématique de Ludovic de Saint Sernin : le sac décolleté

Cependant, s’il y a un modèle que la mode associe à Saint Sernin, c’est bien le sac décolleté. Avec une couture incurvée qui simule la forme arrondie d'un cœur découpé sur la poitrine et les œillets typiques qui recouvrent habituellement leurs jupes, pantalons et même leurs sous-vêtements, c'est un petit accessoire à poignée courte, réalisé en cuir avec différentes finitions (breveté, crocodile…) comme la plupart de leurs vêtements.

À quoi ressemblent les créations de Ludovic de Saint Sernin : ce pour quoi il est connu

Tout son univers créatif – créations, campagnes, défilés – explore la manifestation de la sensualité et de la sexualité sans genre. En fait, il est considéré comme le plus grand représentant de la vague de mode et de culture New Queer. Dans le plus pur style Gucci à l'époque de Tom Ford, ses créations sont explicitement sexy et profondément influencées par la scène fétichiste new-yorkaise des années 70 et 80.

Le créateur a commencé avec une ligne pour hommes qui remettait en question chacun des préceptes établis autour de la masculinité hégémonique. De la première culotte à œillets au dernier débardeur. Après une première incursion dans la mode féminine, cette collaboration avec Zara l'impose comme le nouvel enfant terrible de l'industrie avec l'accord de Gaultier et Jacquemus,

Ludovic de Saint Sernin x Zara : les vêtements qui vont déferler

L’ambiguïté de son image androgyne se traduit également par des conceptions qui transcendent toute tentative réductionniste. Ni masculin ni féminin, simplement pluriel.